Le Climate Governance Initiative Mauritius (CGI Mauritius), un forum de plaidoyer du Mauritius Institute of Directors (MIoD), a tenu, ce mardi 16 juin 2026 au siège de l’Institut, une session intitulée « Just Transition Finance », en collaboration avec MCB Group, Membre Fondateur du MIoD, et avec le soutien de United Nations Environment – Finance Initiative (UNEP FI). Destinée aux directeurs, dirigeants d’entreprise, experts et professionnels du secteur, cette session a été conçue comme un espace de dialogue sur la manière d’intégrer la dimension sociale de la transition vers une économie bas-carbone dans la gouvernance et les stratégies des institutions mauriciennes.
Adopté par 195 Parties lors de la COP30 en novembre 2025, le Belém Action Mechanism a institué le premier mécanisme institutionnel des Nations Unies consacré à la transition juste, plaçant les dimensions sociales et d’équité au centre des politiques climatiques internationales. Pour le secteur financier, cette avancée élargit la réflexion de gouvernance climatique à la question de savoir si la transition financée peut être effectivement portée par les travailleurs, les communautés et les économies concernées. À Maurice, où le tourisme, la pêche et l’agriculture comptent parmi les secteurs les plus directement exposés aux effets du changement climatique, et où les institutions financières sont, à travers leurs activités régionales, exposées aux secteurs de l’énergie, des infrastructures et des minéraux de transition en Afrique, cette dimension sociale représente à la fois un enjeu de gouvernance pour les conseils d’administration et une question de risque de portefeuille.
Lancée en octobre 2023 en collaboration avec HSBC Mauritius, Membre Fondateur du MIoD, la CGI Mauritius constitue le Chapitre mauricien du réseau mondial du Chapter Zero Alliance, présent dans plus de 70 pays. En tant que forum de plaidoyer du MIoD, elle équipe les conseils d’administration et les dirigeants d’entreprise des compétences nécessaires pour intégrer le changement climatique aux décisions stratégiques, à travers des sessions thématiques, un programme accrédité et des outils pratiques destinés à la communauté des affaires mauricienne.

Au centre de cette session a eu lieu une présentation d’Aaron Cantrell, Just Transition Specialist, et de Joana Pedro, Social and Human Rights Lead, tous deux d’UNEP FI, venus partager les enseignements d’un programme pilote mené sur une année par UNEP FI auprès de plus d’une douzaine de banques et d’assureurs à travers le monde. Leur intervention a permis d’illustrer la manière dont des institutions financières intègrent déjà la dimension sociale dans leurs plans de transition climatique, avant un échange avec les directeurs, dirigeants, experts et professionnels présents sur les implications pour la gouvernance des entreprises mauriciennes.
Sheila Ujoodha, Chief Executive Officer du MIoD et Chairperson du Steering Committee de CGI Mauritius, a déclaré à cette occasion : « Une transition climatique se construit autant dans la manière dont elle est menée que dans l’objectif qu’elle poursuit. La transition juste ajoute précisément cette dimension à l’agenda de gouvernance climatique : elle invite les conseils d’administration à examiner comment se répartissent les coûts et les bénéfices d’un plan de transition, quels travailleurs sont accompagnés vers de nouvelles compétences, et quelles communautés, parmi les plus vulnérables, sont les plus exposées aux changements à venir. C’est une question de gouvernance à part entière : elle rejoint la responsabilité des conseils d’administration envers l’ensemble de leurs parties prenantes. À travers le Climate Governance Initiative Mauritius, le MIoD souhaite que régulateurs, institutions financières et entreprises avancent sur ces questions de façon coordonnée, afin que la transition mauricienne soit aussi équitable que rigoureuse. »
Rajeev Hasnah, First Deputy Governor de la Banque de Maurice, a souligné : « La Banque de Maurice a engagé, au cours des dernières années, des travaux structurés sur la supervision du risque climatique, à travers des orientations prudentielles pour les institutions financières, des exigences progressives de reporting en matière de durabilité et un alignement sur les standards internationaux de divulgation. La transition juste vient compléter ce cadre d’une dimension que les approches existantes doivent intégrer : celle des effets sociaux d’un plan de transition, sur les travailleurs comme sur les communautés concernées. À mesure que les institutions financières affinent leurs plans de transition, c’est une dimension à considérer dès la conception. »
Dipeeka Ramgolam, Sustainability Lead – ESG & Climate de la MCB, a indiqué : « La transition énergétique demeure une priorité stratégique pour la MCB, tant sur le plan local que sur le continent africain. Il est essentiel de comprendre les enjeux et réalités liés à la transition, qui diffèrent d’un pays à un autre, dans un contexte où les énergies renouvelables représentent un fort potentiel. Au-delà des paramètres techniques et financiers, les dimensions sociales et l’impact sur la communauté jouent un rôle tout aussi important sur la viabilité d’un projet. Intégrer cette lecture dès l’évaluation d’un projet est ce qui distingue progressivement les institutions les mieux préparées à la transition. C’est précisément ce type de réflexion que des sessions comme celle-ci permettent d’approfondir avec nos pairs. »
Aaron Cantrell, Just Transition Specialist chez UNEP FI, a précisé : « Ce que nous observons à travers notre programme pilote, mené sur une année avec une douzaine de banques et d’assureurs à travers le monde, c’est un passage progressif du concept à la pratique opérationnelle : certaines institutions intègrent déjà ces considérations dans leurs plans de transition climatique d’entreprise, d’autres développent des approches pour accompagner la décarbonation des PME ou renforcer la mesure d’impact à l’échelle de leurs portefeuilles, ou investissent dans le renforcement des compétences internes pour ancrer cette approche dans la durée. Ce passage du dialogue à la mise en œuvre est précisément ce que nous sommes venus partager avec la communauté des affaires mauricienne. »
Joana Pedro, Social and Human Rights Lead chez UNEP FI, a ajouté : « Du point de vue des droits humains, la transition juste pose une question de procédure autant que de résultat : les communautés et les travailleurs concernés ont-ils été consultés avant qu’un plan de transition ne soit arrêté, et disposent-ils d’un moyen de faire entendre leurs préoccupations une fois sa mise en œuvre engagée ? Ces questions deviennent progressivement un critère à part entière dans la manière dont les institutions financières évaluent la crédibilité d’un plan de transition, au même titre que ses hypothèses financières ou techniques. C’est cette grille de lecture que nous avons partagée aujourd’hui avec les administrateurs et dirigeants présents. »
Le Climate Governance Initiative Mauritius poursuit ainsi son rôle de plateforme de dialogue et de coordination entre régulateurs, secteur financier et partenaires internationaux pour les conseils d’administration mauriciens. Cette session a permis d’ouvrir la réflexion sur la manière dont les institutions du pays peuvent intégrer la dimension sociale de la transition climatique dans leur gouvernance et leurs plans de transition, à un moment où ces standards continuent de se définir à l’échelle régionale.


